• Alain Delon :
    «Le théâtre est ma thérapie»

    Propos recueillis par Nathalie Simon
    05/11/2008 | Mise à jour : 11:36
    | Ajouter à ma sélection
    .
    Alain Delon et Anouk Aimée se connaissent depuis plus de cinquante ans, mais c'est la première fois qu'ils jouent ensemble sur scène.
    Alain Delon et Anouk Aimée se connaissent depuis plus de cinquante ans, mais c'est la première fois qu'ils jouent ensemble sur scène.

    Au côté d'Anouk Aimée, il reprend le rôle de Philippe Noiret dans « Love Letters » , pièce à succès d'Albert Ramsdell Gurney, au Théâtre de la Madeleine pour seulement vingt représentations. Entretien dans la cuisine de l'acteur, bleue comme ses yeux.

    LE FIGARO. - Comment est né ce projet ?

    Alain DELON.- Il y a quelques mois, les directeurs du Théâtre de la Madeleine m'ont proposé de reprendre Love Letters sans que cela soit gênant pour le Théâtre de Paris où je devais jouer Le Bateau pour Lipaïa avec Line Renaud, en janvier. Quand ce dernier projet a été abandonné, j'ai repris contact avec Anouk Aimée qui avait envie de jouer avec moi. Elle cherchait une « star » pour jouer Love Letters à New York ou à Washington. Je la connais depuis plus de cinquante ans et je n'avais jamais joué avec elle. Pour moi, être au théâtre c'est vital, c'est comme une thérapie. Je suis excité et fou de joie.

    Le projet avec Line Renaud est donc complètement abandonné ?

    Oui, c'est une affaire classée, je ne rejouerai pas au Théâtre de Paris où j'ai pourtant débuté. Je ne me fais pas de souci pour Line Renaud.

    Impressionné de succéder à Philippe Noiret ?

    Non, je suis au-dessus de ça. J'ai passé le cap des premières, des créations ou des reprises. J'admirais beaucoup Philippe, mais je vais faire quelque chose de tout à fait différent.

    Pour la première fois, vous assurez également la mise en scène…


    Sandrine Dumas n’était pas disponible. Je n’étais pas venu pour cela, mais j’étais là. J’ai fait des jeux de lumière, choisi la musique. Cela fait bientôt cinquante-deux ans que je fais ce métier, je n’ai pas attendu aujourd’hui pour faire des mises en scène. J’ai produit 45 films, je connais ce métier en tant qu’acteur, producteur, réalisateur. On me compare d’ailleurs à Clint ­Eastwood. Quand j’ai fait les Borsalino, j’étais le patron du film comme producteur. J’ai réalisé aussi mon plus grand succès, Dans la peau d’un flic. À l’époque, la critique disait : « Pour la première fois, Alain Delon dirigé par lui-même et souriant ! »

    En même temps, Love Letters est une pièce assez statique, non ?


    Ce n’est pas une pièce classique. Les deux personnages restent assis. C’est plus une mise en place qu’une mise en scène. C’est à la fois plus compliqué et plus simple.

    Vous sentez-vous proche du personnage masculin, Thomas ?


    C’est un brillant politicien partagé entre sa femme et Alexa-Anouk Aimée qui vient d’une famille aisée, mais elle est un peu perdue et passe son temps dans les maisons de repos. Les sentiments sont universels, mais il y a une façon différente de les exprimer. Je me sens plus proche de la passion latine.

    Pensez-vous toujours que vous êtes acteur et non pas comédien ?


    Oui, comédien, ça s’apprend. Être acteur, c’est un accident. Une personnalité, forte, en général, comme par exemple Bernard Tapie, est mise au service du cinéma. Moi, je ne suis arrivé de rien. C’est le cinéma qui m’a pris. Gabin et Ventura sont des acteurs. ­Belmondo et Huster sont des comédiens. Ce n’est pas péjoratif. Quand nous les acteurs jouons un rôle, nous le vivons. Je rentre dans le costume du voyou, du policier ou du prêtre.

    Où en est le projet d'une pièce avec votre fille, Anouchka ?


    C’est prévu en septembre- octobre 2009. La pièce, écrite par Éric Assous s’appelle Une journée ordinaire. Alain-Fabien a aussi décidé de devenir acteur. Je suis très heureux que mon nom perdure grâce à Anthony, Anouchka et Alain-Fabien. Je suis pour les dynasties d’acteurs.

    Que leur donneriez-vous comme conseil ?


    L’avantage, c’est d’avoir vécu avec leur père, et l’inconvénient, c’est d’être la fille ou le fils de leur père ! Mais ce sera moins difficile pour ­Anouchka et Alain-Fabien que pour Anthony.

    Imaginez-vous raccrocher un jour ?


    Il y a deux professions au monde pour lesquelles l’âge de la retraite n’existe pas : les politiques et les acteurs. Mais le jour où je sentirai que je ne suis plus capable de donner plus que ce que les gens attendent de moi, j’arrêterai. À regret, je pense, car ce métier est la meilleure thérapie du monde. Si je ne le fais plus, je meurs. Mourir, je m’en fous. J’ai fait ce que j’avais à faire. Je peux partir sans aucun regret. Mais je préfère tenir encore un peu pour que mes enfants puissent s’en sortir seuls. Ma seule angoisse, c’est la maladie, l’impotence.

    » L’histoire d’un beau et long succès

    » Retrouvez « Love Letters » au Théâtre de la Madeleine avec le FigaroScope

     

    Imprimer
    .
    Partager
    .
    Envoyer
    .
    S'abonner
    .
    Imprimer
    .
    Partager
    .
    Envoyer
    .
    S'abonner
    Mobile
    3D
    .
    .
  • Liens sponsorisés

    .
  • En savoir plus

  • À la une

  • Le retour de la Madeleine

    Lola Sémonin revient avec son personnage fétiche au Théâtre Rive Gauche. Un plaidoyer pour la tolérance.

    .
  • Luchini tel qu'en lui-même 

    Luchini tel qu'en lui-même <br/>

    L'acteur reprend «Le Point sur Robert» à l'Espace Cardin.

    .
  • Un Labiche joyeux, mais guère cruel 

    Jérémie Lippman met en scène « L'Affaire de la rue de Lourcine » à La Pépinière Théâtre.

    .
    .
  • Pour rire, rêver, pleurer, être ému
    et s'étonner 

    Petite sélection Paris et banlieue classée par affinités.

    .
    .
  • .

    Éric Métayer, maître
    de l'improvisation

    Le comédien joue seul et en virtuose « Un monde fou » , la pièce de Becky Mode, mise en scène par Stephan Meldegg. Portrait.

    .
    .
  • Trop de neuf à l'orée 2009

    LA CHRONIQUE d'Armelle Héliot - « Le théâtre ne s'évalue pas sur le papier. Il faut y aller. Prendre des risques. Cela vaut toujours le coup : on partage ! »

    .
    .
  • Olivier Py revisite trois contes
    de Grimm

    Le metteur en scène s'attaque à des œuvres méconnues des auteurs allemands à l'Odéon. Avec l'audace qu'on lui connaît. Explications.

    .
    .
  • .

    Harold Pinter,
    l'homme en colère

    Prix Nobel 2005, dramaturge le plus joué au monde, scénariste de Joseph Losey, Harold Pinter est mort mercredi soir à Londres à l'âge de 78 ans.
    » Comment Pinter est devenu un classique

    .
    .
  • Victor et Juliette, les amants terribles

    Anthéa Sogno a concocté une pièce vibrante de passion baséesur la correspondance de Victor Hugo et Juliette Drouet.

    .
    .
  • .

    Une Mathilda May peut en cacher une autre

    VIDÉO - La comédienne triomphe au Théâtre du Splendid dans «Plus si affinités», un spectacle sur les rencontres qu'elle a écrit avec Pascal Légitimus.

    .
    .
.
.