• Décès de Françoise Seigner, 
    une femme d'esprit

    Armelle Héliot
    14/10/2008 | Mise à jour : 21:38 |
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    Françoise Seigner a reçu les insignes de Commandeur des arts et lettres en 1998. (AFP PHOTO/THOMAS COEX)
    Françoise Seigner a reçu les insignes de Commandeur des arts et lettres en 1998. (AFP PHOTO/THOMAS COEX) Crédits photo : AFP

    Sociétaire honoraire de la Comédie-Française, elle s'est éteinte lundi dernier. Elle avait 80 ans.

    C'était une femme entière et douce qui s'amusait parfois à jouer les dragons. Une grande dame que ses camarades de la Comédie-Française appellent Mlle Françoise Seigner. C'était une femme intelligente, intransigeante, d'un courage moral remarquable. Une comédienne sensible et profonde, une metteur en scène lumineuse et subtile. Née le 7 avril 1928, fille de Louis Seigner, qui fut l'une des très grandes personnalités de la troupe et de Marie Cazeaux, actrice, tante comblée de Mathilde, Emmanuelle, Marie-Amélie Seigner, toutes artistes, elle était enfant de la balle avant d'être enfant de troupe et entretint avec la Comédie-Française, qu'elle révérait, des relations fortes et passionnelles.

    Sa vie fut entièrement consacrée au théâtre. Malgré l'inquiétude de son père (elle lui avait consacré l'an dernier un très beau livre publié aux Éd. du Rocher), elle avait intégré le Conservatoire. À sa sortie, elle fut engagée au Français. On est en 1953. Elle a 25 ans. Mais elle ne se contente pas des «emplois» auxquels son physique solide et moelleux la destine. Elle quitte une première fois la maison au bout de trois ans pour affirmer ses dons auprès de Jacques Fabbri, Roger Planchon, Georges Wilson, Jean-Laurent Cochet. Elle joue auprès de Michel Simon l'inoubliable Du vent dans les branches de sassafras du délicieux René de Obaldia, quand le Français la rappelle en 1967.

    Bernanos, Labiche, Svevo...

    De très belles saisons s'ouvrent pour elle. Elle crée La Commère de Marivaux et est nommée sociétaire. Elle incarne avec son tempérament fruité et volontiers insolent les soubrettes au grand cœur de Molière. «Je suis une comédienne classique» disait-elle. Et c'est une tragédienne qui se révèle en filigrane de rôles très divers. Elle est de la merveilleuse aventure de La Trilogie de la villégiature avec Giorgio Strehler, est une impressionnante Agrippine dans Britannicus monté par Jean-Luc Boutté. De Bernanos à Labiche, elle aura interprété tout le répertoire. Avec Jacques Lassalle elle a joué Sarraute, Svevo, James. Avec Jean-Pierre Vincent et en compagnie de Denise Gence elle a créé Félicité de Jean Audureau. En 1998, elle avait quitté à nouveau une «maison» dans laquelle elle ne se reconnaissait plus. Elle joua, mit en scène, revint comme «sociétaire honoraire».

    Si de ce très long parcours, un seul rôle devait demeurer, ce serait celui de Madame Gervaise dans Le Mystère de la charité de Jeanne d'Arc, de Péguy, qui l'a accompagnée plus de trente ans durant dans une mise en scène de Jean-Paul Lucet, Elle était heureuse de l'avoir joué devant deux papes. Il y a quelques mois, celle que Truffaut avait fait tourner dans L'Enfant sauvage, était à l'honneur au Vieux-Colombier. Elle se souvenait. Et dit encore avec ferveur quelques pages du Mystère…

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