• France-Australie, 
    la victoire sinon rien 

    David Reyrat
    21/11/2008 | Mise à jour : 20:23
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    Ce sont les Bleus qui le disent. Il faut battre les Wallabies, samedi soir, au Stade de France, pour que la tournée d'automne soit une réussite.

    MARC LIÈVREMONT, et c'est tout à son honneur, ne se cache pas derrière son petit doigt à l'heure d'invoquer le dernier rendez-vous de la tournée, le choc contre les solides Australiens. « La campagne d'automne ne sera réussie que si nous gagnons ce match ! »

    L'annonce a le mérite d'être dépourvue de toute ambiguïté. Le laborieux succès aux dépens de l'Argentine (12-6) et la fantaisiste victoire face aux Pacific Islanders (42-17) ne vaudront plus grand-chose si, par malheur, les Wallabies mettaient les Bleus KO samedi au Stade de France. Juste deux cerises sans le gâteau…

    En mettant ainsi publiquement sa troupe au défi, le sélectionneur ne manque pas de témérité. Car l'issue de ce duel au sommet est loin d'être acquise. Parieur prudent, on miserait plus volontiers nos économies sur un succès des mutants de Mortlock, effrayant capitaine au crâne rasé et aux muscles saillants, que sur celui de la bande à Nallet. Il faut dire que, sans douter de la vigueur de notre fibre patriotique, l'escouade en goguette de ce côté-ci du globe a de sérieux atouts à faire valoir.

    Reprise en main - de fer dans un gant de fer - par le Néo-Zélandais (!) Robbie Deans, cinq fois vainqueur du Super 14, la sélection australienne n'est plus la faible chose ridiculisée par l'Angleterre en quart de finale de la dernière Coupe du monde. La mêlée a depuis été reconstruite. En dur. Grippée après le retrait de la légendaire paire Gregan-Larkham, la nouvelle charnière Burgess-Giteau a été soigneusement huilée. Et les trois-quarts revigorés par l'avènement de quelques express pour une attaque plus que jamais sur les (bons) rails. Au final, cela donne la probante victoire, le délicieux triomphe même, obtenu aux dépens des Anglais, samedi dernier à Twickenham (28-14).

    Le XV d'Australie ? « Monolithique, efficace, patient, réaliste, hermétique, pénible, organisé. » Voici le best of des qualificatifs employés par les Bleus au cours de la semaine passée dans leur repère glaçant de Linas-Marcoussis. « C'est une équipe très compliquée à manœuvrer », résume Marc Lièvremont. Prévisible et pourtant impossible à enrayer. « Elle donne l'impression de ronronner, de gérer. Puis, d'un coup, les quinze joueurs se mettent au diapason pour placer une offensive meurtrière. » Bigre…

    Médard le pyromane

    À l'inverse, les Bleus n'ont guère de certitudes sur lesquelles s'appuyer. Le poilu Chabal aligné d'entrée ? Ça rassure le peuple mais pas forcément le puriste. Les jouvenceaux riches désormais d'expérience de… deux tests ? Cela reste encore très peu pour Sébastien Tillous-Borde, promu aux plus hautes responsabilités à 23 ans, ou pour Maxime Médard, pyromane de 21 ans à qui les sélectionneurs ont confié toute une boîte d'allumettes. « Cela prouve que j'ai leur confiance, frime l'arrière toulousain. À moi de leur montrer ce que je vaux réellement. » Gare, quand même, au retour de flamme…

    Marc Lièvremont, Émile Ntamack et Didier Retière ne sont pourtant pas inconscients. Au contraire, le trio cerne parfaitement le danger. « L'Australie se nourrit essentiellement des fautes de son adversaire », souligne le premier. Ça tombe mal. Depuis le début du mois, les Bleus ont déjà contraint l'arbitre à s'époumoner à vingt-deux reprises dans son sifflet ! Et l'artilleur Matt Giteau présente un rutilant 86 % de réussite aux tirs au but…

    « Nos deux précédentes prestations ont été loin de l'idéal de jeu que nous poursuivons », ajoute l'entraîneur en chef. Aïe… Lucide mais inquiétant. « Mais on peut penser qu'avec une troisième semaine de travail, l'équipe va hausser son niveau de jeu, faire preuve de plus de justesse tactique et technique. » Il faut l'espérer sinon le XV de France va au-devant d'une cuisante désillusion.

    Faut-il croire que quelques jours supplémentaires de vie commune auront permis pareille métamorphose ? Bof. On préférera, pour croire en un sursaut, se référer aux vieilles recettes. Celle concoctée par les onze rescapés de la tournée de juin dernier ne manque pas de piment. Dans la marmite mijote un orgueil piqué par « la condescendance » des locaux les qualifiant alors d'équipe bis (et accessoirement par les deux sévères défaites 34-13 et 40-10…). Pour nourrir leur appétit de revanche. Comme quoi, il ne faut jamais désespérer du génie français…

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