• Riou : «Il y a des limites
    que je ne franchirai jamais»

    Propos recueillis par L. S.
    07/11/2008 | Mise à jour : 00:08
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    Vincent Riou (ici, après sa victoire il y a quatre ans) : «Je ne fais pas de la course à tout prix pour gagner. Je n'ai pas les moyens de prendre le risque de me faire mal.»
    Vincent Riou (ici, après sa victoire il y a quatre ans) : «Je ne fais pas de la course à tout prix pour gagner. Je n'ai pas les moyens de prendre le risque de me faire mal.» Crédits photo : AP

    Triomphateur surprise il y a quatre ans, le skipper de «PRB» est le premier vainqueur d'un Vendée Globe à repartir dans la foulée. Il vise le doublé historique.

    Quatre ans que Vincent Riou s'est fait un nom. Vainqueur et nouveau recordman de l'épreuve (87 jours 10 heures 47 minutes). On prend une certaine dimension quand on gagne le Vendée Globe de cette manière. Implacable. À tel point que son meilleur pourfendeur en 2004, Jean Le Cam, l'avait affublé d'un surnom : Vincent le Terrible. À l'heure de repartir, le Bigouden de Loctudy, 36 ans, qui avait été également le préparateur de Michel Desjoyeaux lors de sa victoire en 2000-2001, sourit toujours de son tour joué au monde. S'il affiche une certaine sérénité, il reconnaît que garder son bien sera ardu : «J'avais quelques joueurs avec moi en 2004, cette fois-ci, ils sont une dizaine !»

    LE FIGARO. - Pourquoi repartez-vous ?
    Vincent RIOU . - PRB m'a proposé un projet attrayant, celui de construire un bateau neuf et de me permettre de faire ce que j'aime : de la voile et de la technique. J'ai également pris beaucoup de plaisir en 2004. La nature humaine veut qu'avec le temps on ne garde que les bons souvenirs. Mais le fait qu'un mois après mon arrivée j'ai pensé à repartir est un signe : je ne devais pas en avoir trop de mauvais ! Le défi était aussi de continuer à suivre la progression de la course : d'aventure, elle s'est transformée en régate planétaire. Et elle n'arrête pas de progresser du fait des gens qui s'engagent. Mais partir en solitaire, trois mois, dans un environnement extrême et sur un parcours gigantesque, reste toujours une aventure.

    La remporter nécessite-t-il des qualités particulières ?
    Il faut être fort pour foncer dans son truc pendant trois mois, sans états d'âme et en ayant géré en amont certaines questions : comment te touchent les problèmes techniques, comment te touche la séparation avec ta famille etc. ? On n'est pas tous égaux face à ça. Pour gagner le Vendée Globe, il faut être un bon marin, avoir un bon bateau, mais ce n'est pas tout. On ne part pas des Sables-d'Olonne sans s'être posé la question : comment ça va se passer le jour où on va partir ? On va faire coucou à tout le monde et à dans trois mois ? Cet aspect psychologique, personnel, est vraiment très fort dans le Vendée Globe et il le restera.

    Participer au Vendée Globe change-t-il l'imaginaire qu'on en avait auparavant ?
    Ce n'était pas de l'imaginaire pour moi. Je l'avais vécu de près comme préparateur de Michel Desjoyeaux en 2000-2001, je savais où j'allais. Et avant, je ne m'étais pas posé la question. J'avais discuté avec des marins qui avaient été les premiers à y aller, comme Pierre Follenfant, et je me rappelle avoir trouvé cela un peu craignosse. C'était des vrais aventuriers, c'était un peu chaud. J'y suis allé mais dans des conditions raisonnables.

    Faire le tour du monde n'était pas un rêve ?
    J'avais pensé le courir en équipage au début. Le mythe Vendée Globe, ce n'est pas… C'est une épreuve particulière d'une discipline particulière de la voile. Pour le mec qui fait de la perche, la hiérarchie du championnat de France aux Jeux olympiques est vite faite. Nous, c'est plus compliqué. Tu ne commences pas en disant : je veux faire de la course en solitaire. Tu fais de la voile, ça te plaît, après tu trouves un moyen d'en vivre, ce n'est pas simple, et tu vois où le destin te mène. J'aurais pu être sur la Coupe de l'America ou la Volvo (tour du monde en équipages, NDLR), je n'aurais pas été plus malheureux ! Mais j'habitais le Finistère, j'ai donc fait du solitaire, et j'ai aimé. Après, les rencontres, les opportunités ont fait le reste.

    En 2004, vous aviez pris une option nord dans le Grand Sud face au danger des icebergs et perdu la tête de la course. La décision ne doit pas être évidente quand on joue la victoire ?
    Il y a des endroits où il faut se montrer raisonnable. La nature vous le rappelle vite. Et il faut assumer ses choix. Il y a la course, la manière dont tu fais ton métier, ce qui te passionne. Après, il y a la victoire. Mais c'est un moment d'ex­ception dans le sport. Je ne fais pas de la course à tout prix pour gagner. Je n'ai pas les moyens de prendre le risque de me faire mal. Il y a des limites que je ne franchirai jamais. Je ne sais pas si certains sont capables de le faire. Ceux que je connais ont la tête sur les épaules.

    » INTERVIEW - Peyron : «Le Vendée Globe, c'est la guerre»

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