• Loïck Peyron : «Le Vendée Globe, c'est la guerre»

    Propos recueillis par Laurence Schreiner, notre envoyée spéciale aux Sables-d'Olonne
    05/11/2008 | Mise à jour : 16:07
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    Crédits photo : Le Figaro

    INTERVIEW - L'un des pionniers de la première édition en 1989 repart pour un troisième tour du monde en solitaire et sans escales. Avec un regard singulier sur sa passion.

    Dans cinq jours, la flotte de trente bateaux du Vendée Globe s'élancera pour une circumnavigation de près de trois mois. Une sixième édition déjà exceptionnelle par la qualité des monocoques alignés et celle des marins engagés. Loïck Peyron est de ceux-là. Il était du Vendée Globe des découvreurs il y a presque vingt ans. Il sauva Philippe Poupon et finit à la deuxième place derrière Titouan Lamazou. Mais c'est en «amnésique» qu'il repart sur un Gitana Eighty invaincu depuis dix mois.

    LE FIGARO. - Vous faisiez partie des pionniers de 1989 et vous avez disputé la deuxième édition de 1992. Pourquoi revenir après tout ce temps ?
    Loïck PEYRON. - C'est l'envie de refaire de la navigation en solitaire qui m'a motivé. J'avais décidé de ne plus courir en multicoque. J'en ai fait trop et j'ai assez de cheveux blancs comme ça. Et puis, il y a l'évolution mécanique des choses, l'observation du déclin du multicoque 60 pieds, de ce circuit génial où j'ai vécu des années fabuleuses. Du coup, beaucoup de talents sont allés vers le monocoque pour mener de nouveaux bateaux. D'où ce casting ahurissant cette année…

    Dans quel état d'esprit repartez-vous ?
    J'ai eu le temps d'oublier. Je ne me suis pas intéressé aux autres Vendée Globe, un peu par coquetterie… Mais je me suis peut-être forcé à ne pas m'intéresser pour mieux oublier et mieux redécouvrir. Une sorte d'amnésie calculée. Tout a changé, même la manière de voir les choses. Le cap Horn, je l'ai revu entre-temps, mais pas avec le regard du solitaire. Ce Globe-là, je l'appréhende comme une première fois. Dans ma petite vie, il s'est passé beaucoup de choses dans l'évolution de la voile et j'aime bien être de ces premières fois. J'essaie de garder aussi la notion d'aventure. Ce n'est pas anodin de faire le tour du monde sur ces engins, on n'en sort pas indemne. Ni, à mon âge avancé (43 ans), de pouvoir continuer à essayer d'y figurer. Je ferai peut-être un jour un Globe pour voir le paysage. Mais je suis convaincu que j'aurais du mal à supporter. Ce qui fait qu'on supporte le Vendée Globe, c'est la bagarre.

    Pour cette 6e édition, on parle aujourd'hui plus de régate planétaire que d'aventure…
    Faire un tour du monde juste pour faire le tour du monde, c'était plus l'idée en 1989. Dans le casting de la première édition, 100 % des skippers étaient là pour découvrir, mais une bonne moitié était là aussi pour se bagarrer. Avec Alain Gauthier, on était les jeunes loups du moment et derrière il y avait une autre génération, avec une autre manière de faire. Mais la régate était déjà intéressante, avec la guerre au début et à la fin quand on était en survie dans le Grand Sud. Ce n'est plus tout à fait ça puisque le Vendée Globe, c'est la guerre tout au long du parcours.

    Mais c'est l'aventure qui suscite la fascination du grand public…
    Dans les années 1990, la notion d'aventure a été galvaudée. Et personnellement, je ne me suis jamais considéré comme un aventurier. Sur un Vendée Globe, les terriens sont plus impressionnés par la durée en mer qu'autre chose. Il y a toujours eu beaucoup d'intérêt pour le dernier qui allait rester un mois de plus que le premier. Mais comme dans n'importe quel autre domaine, c'est aller vite qui est difficile. Courir le Grand Prix de Monaco en 2CV en trois jours, tout le monde sait le faire. Mais en 1 h 30, c'est réservé à une élite. Aller vite en mer, c'est le plus dur. La terre met trop de valeur sur des choses qui n'ont pas de valeur de notre point de vue. Parce que ça se vend mieux. Mais la plupart des marins dignes de ce nom manquent un peu d'intérêt parce qu'ils sont superbons dans ce qu'ils font et pas assez dans ce qu'ils devraient faire pour le faire savoir…

    Vous aimez à dire que vous êtes le dernier des Mohicans. Quel regard pose-t-il sur la nouvelle génération ?
    Il est moins difficile d'entrer dans le «village» qu'avant, plus de monde navigue et en vit. Mais il y a tellement de monde que ce n'est pas facile non plus pour les plus jeunes skippers, ça les oblige souvent à rester dans la même série pendant des années. J'ai refusé ça, quitte à galérer. Je ne pouvais imaginer autre chose que de sauter d'un support à l'autre. C'est pourquoi je reste passionné et relativement efficace, parce que je continue de toucher à tout.

    L'évolution des bateaux vous impressionne-t-elle ?
    Plus d'architectes et de skippers se sont intéressés à ce Vendée Globe. Mais ce sont les mentalités qui font que les technologies évoluent. Ce sont elles qui changent le plus. Il y a quarante ans, des spécialistes disaient qu'un certain Éric Tabarly ne pouvait pas traverser l'Atlantique avec le bateau qu'il venait de concevoir. Il faisait 14 m de long, la plus grande de ses voiles était comme la plus petite des nôtres aujourd'hui. Il y a quatre ans, on n'imaginait pas faire des mâts aussi grands pour les 60 pieds. Sur Gitana Eighty, je suis parti d'un principe : autant je choisis mes souffrances, et c'est un luxe, autant je ne crois pas qu'il soit efficace de souffrir. Je suis un fainéant, donc quelqu'un d'efficace. L'expérience fait que j'ai mis beaucoup d'ergonomie dans la gestuelle. Je suis en chaussons dans mon cockpit. Pas tout le temps bien sûr, mais c'est ça l'idée ! Un bateau, c'est une manière d'aborder les choses…

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