• L'équitation se débat
    avec le fléau du dopage

    Blaise de Chabalier
    02/10/2008 | Mise à jour : 14:32
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    À la fin des épreuves olympiques de Pékin, Rufus, la monture du Brésilien Rodrigo Pessoa, a été déclarée positive.
    À la fin des épreuves olympiques de Pékin, Rufus, la monture du Brésilien Rodrigo Pessoa, a été déclarée positive. Crédits photo : ASSOCIATED PRESS

    Le saut d'obstacles, sali aux derniers JO par cinq cas de dopage pouvant être assimilés à de la maltraitance des chevaux, peine à trouver des solutions pour sortir de la crise.

    Un vent mauvais souffle sur l'équitation. Après le cataclysme des JO d'Athènes, place à l'ouragan des Jeux chinois. En 2004 en Grèce, non seulement le médaillé d'or individuel en saut d'obstacles, l'Irlandais Cian O'Connor, avait été disqualifié pour dopage, mais la vedette allemande, Ludger Beerbaum, titrée par équipe, entraînait le déclassement de son pays pour la même raison… Puis à Hongkong, nouveau scandale l'été dernier. En pleine compétition olympique, quatre chevaux de saut étaient déclarés positifs. Et une fois les épreuves terminées, la monture du Brésilien Rodrigo Pessoa, Rufus, cinquième en individuel, était également attrapée le sabot dans le sac…

    À la différence des cas découverts en Grèce, les produits détectés en Chine, capsaïcine et nonivamide, qui sont des analgésiques, ont pour effet, appliqués sur les jambes des chevaux, de les dissuader de toucher les barres sous peine de brûlures… Du dopage à la maltraitance, il n'y a qu'une foulée franchie à Hongkong.

    «Ce qui s'est produit en Chine est très mauvais pour l'image de notre sport, reconnaît Pascal Dubois, directeur technique (DTN) de la Fédération française (FFE). C'est beaucoup plus grave que le dopage habituel. Il y a là une atteinte à l'intégrité physique des chevaux, qu'on peut assimiler à des mauvais traitements. Ce produit hypersensibilisant est l'équivalent des guêtres à clous qui furent utilisées par le passé, mais version chimique. C'est vraiment barbare !» La championne française Eugénie Angot est du même avis : «Si c'est vraiment ça, je suis horrifiée ! On entendait des rumeurs sur ce type de pratiques depuis un moment déjà…» À Athènes, les produits découverts étaient plus classiques : un puissant tranquillisant fut détecté sur le cheval de Cian O'Connor, et des corticoïdes sur celui de Ludger Beerbaum.

    Reste que Rodrigo Pessoa et son compatriote Bernardo Alves, ainsi que l'Allemand Christian Ahlmann et l'Irlandais Denis Lynch, tout comme le Norvégien Tony Andre Hansen, médaillé de bronze par équipe avant d'être suspendu, n'ont encore été ni jugés ni sanctionnés par la Fédération internationale (FEI). Ils restent donc présumés innocents. «Les procédures sont en cours, les sanctions seront prises fin octobre», dit un porte-parole de la FEI.

    Pouvoir soigner les montures

    «Il faut attendre de savoir ce qui s'est réellement passé, affirme Éric Navet. Le produit incriminé peut être utilisé simplement pour masser les articulations, et là ce n'est pas du dopage. Mais s'il est prouvé qu'il a servi afin d'hypersensibiliser les jambes, alors c'est de la maltraitance et je ne suis pas d'accord», explique le grand cavalier tricolore.

    Au-delà de cette nouvelle forme de tricherie, la problématique du dopage dans les sports équestres reste marquée par la difficulté à concilier des soins souvent nécessaires et le respect des règles. «Je suis contre le seuil de tolérance zéro qui est imposée par la FEI. Ainsi un cheval, contrairement à un athlète humain, n'a par exemple pas le droit de prendre une aspirine pour traiter les effets d'un long transport en camion ! La FEI est allée trop loin, il faut que l'on puisse soigner nos montures», dit Eugénie Angot. L'ensemble des cavaliers demandent l'instauration d'une autorisation à usage thérapeutique (AUT), un système utilisé chez les humains. «Nous militons pour l'AUT. Elle permettrait de soigner les montures, même si en même temps il faudrait se méfier des excès», confie Pascal Dubois. «Il est essentiel de faire la différence entre soigner une bricole et le dopage», insiste Eugénie Angot.

    Une distinction que la FEI effectue déjà officieusement. La preuve, le simple mois de suspension infligé le 21 septembre à la cavalière de dressage américaine Courtney King. Dans le cadre de soins, sa monture fut contrôlée positive en Chine à un antidouleur. L'équipe des États-Unis a tout de même été privée de sa quatrième place. Si le cas de King est compréhensible, en revanche, à Athènes, les sanctions furent d'une légèreté incroyable. Ainsi Cian O'Connor, outre le retrait de sa médaille d'or, n'écopa que de trois mois de suspension, alors que l'intention de doper était très claire. L'Irlandais invoqua la volonté de soigner sa monture… Ludger Beerbaum utilisa aussi cette ligne de défense avec le même succès.

    Pas simple de trouver la bonne méthode de lutte. Pour Yves Bonnaire, directeur du laboratoire central pour la FEI, à Verrières-le-Buisson (Essonne), la priorité est «l'harmonisation du travail entre les différents laboratoires. Nous devons nous rapprocher pour avoir les mêmes méthodes». Ainsi, là où d'autres laboratoires n'ont visiblement rien détecté, celui ultraperformant de Hongkong a confondu les tricheurs.

    » INTERVIEW - Durand : «Les sanctions sont trop légères, voire inexistantes»

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