• Lafonta : «Wendel est bien armé pour résister» 

    Propos recueillis parBertille Bayart et Jacques-Olivier Martin
    12/11/2008 | Mise à jour : 06:49
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    Jean-Bernard Lafonta  : « Les efforts opérationnels mis en œuvre par Saint-Gobain pour s'adapterà la conjoncture actuelle sont à la hauteur de l'enjeu. »
    Jean-Bernard Lafonta  : « Les efforts opérationnels mis en œuvre par Saint-Gobain pour s'adapterà la conjoncture actuelle sont à la hauteur de l'enjeu. »

    Jean-Bernard Lafonta défend l'investissement réalisé par le groupe qu'il préside dans Saint-Gobain.

    Wendel est aux premières loges pour mesurer l'ampleur de la crise financière. En tant que société d'investissement, ce groupe peut juger de l'impact de la conjoncture actuelle sur la demi-douzaine d'entreprises en portefeuille. C'est aussi un des principaux acteurs européens des acquisitions avec endettement.

    Dans ce contexte, son président du directoire, Jean- Bernard Lafonta, est plutôt satisfait des performances de son groupe qui affiche une croissance de 18 % du chiffre d'affaires consolidé au troisième trimestre. Il reconnaît toutefois que les sociétés en portefeuille ont ressenti un ralentissement en septembre et en octobre.

    Le Figaro. - Comment Wendel a-t-il traversé ces dernières semaines de turbulences extrêmes sur les marchés et de dégradation de la conjoncture ?
    Jean-Bernard Lafonta. - L'économie mondiale connaît une crise sans précédent déclenchée par un choc de confiance à l'égard de l'ensemble du secteur financier dont les pertes significatives ont entraîné les marchés dans une spirale de baisse incontrôlée. Mais le risque systémique que l'on pouvait redouter a été pris en charge par les États. Ils lui ont apporté une réponse puissante, de type keynésien. On observe, progressivement, une certaine détente sur les marchés interbancaires. Les marchés du crédit restent en revanche fermés.Dans ce contexte, nos sociétés ont, comme d'autres, ressenti un ralentissement manifeste à partir de septembre sur certains marchés ou zones géographiques. La crise s'approfondit et 2009 sera sans doute plus difficile. La résistance de nos sociétés est d'autant plus remarquable, puisque le chiffre d'affaires consolidé de Wendel a progressé de 18 % au troisième trimestre.

    Aviez-vous vu venir cette crise ?
    Objectivement, personne ne peut dire qu'il avait prévu une crise d'une telle ampleur. Cependant, nous avions constaté dès 2006 que les valorisations retenues dans des opérations de capital-investissement avaient atteint des niveaux excessifs. Devant cette bulle manifeste, nous avions décidé d'exercer notre métier d'actionnaire stratégique de long terme en nous intéressant à des sociétés cotées dont les valorisations étaient plus raisonnables. C'est dans ce contexte que nous avons décidé d'acquérir une participation de premier ordre dans Saint-Gobain.

    C'est la fin de l'âge d'or du capital-investissement…
    C'est plutôt le retour aux fondamentaux de l'investissement, qui doit à la fois s'inscrire dans la durée et se fonder sur le potentiel de croissance et d'amélioration opérationnelle à long terme des sociétés. La crise actuelle est celle du court-termisme et de sa traduction comptable, la valorisation permanente à prix de marché, le fameux « mark to market ». Celui-ci a envahi tous les compartiments d'activité : banques, réassureurs, agences de notation ou fonds spéculatifs. Heureusement, les excès de cette mécanique sont en train d'être corrigés par les États et les régulateurs.Pour ce qui concerne le capital-investissement, les acteurs qui survivront investiront beaucoup plus en fonds propres, s'endetteront beaucoup moins, et s'inscriront beaucoup plus dans la durée. Cette optique du long terme est celle de Wendel depuis des décennies.Le retour des États dans l'économie, via des fonds souverains, participe au même mouvement. Les acteurs du capitalisme familial, nombreux en France, ont un rôle important à jouer dans ce retour aux perspectives de long terme.

    Pour Wendel, la crise se traduit par une chute brutale du cours de Bourse…
    Notre cours évolue en fonction de la valorisation de nos actifs. Nous subissons donc la baisse générale des marchés. S'agit-il d'une évolution rationnelle dans une perspective de long terme ? Je ne le pense pas.

    La décision de l'agence Standard & Poor's il y a deux semaines de reléguer votre dette au rang de BB +, ce que l'on appelle « junk bond », a-t-elle un impact concret pour Wendel ?
    S & P évalue un risque de crédit long terme en s'appuyant sur la valeur instantanée de nos actifs cotés. Cette décision prise dans des conditions de marché très volatiles n'a pas d'impact sur nos financements, leurs coûts ou leurs échéances qui s'échelonnent entre 2011 et 2017. Nous n'avons d'ailleurs aucun besoin de financement obligataire à court ou à moyen terme.

    Le bruit court cependant que vous avez fait appel à une banque-conseil pour restructurer votre dette…
    Beaucoup de bruits courent et sont rarement innocents dans des marchés à si forte volatilité. Pour être précis, nous n'avons donné aucun mandat à aucune banque, sur aucun sujet.

    Les prix étant massivement décotés, pourriez-vous procéder au rachat de votre dette, au niveau de Wendel ou de vos sociétés ?
    Il est vrai que l'on a constaté des prix très bas sur certaines dettes, pour beaucoup de très belles sociétés, mais les volumes de ces dettes décotées sont si faibles qu'une opération de rachat reste très théorique. Nous prenons donc le temps d'examiner le sujet, qui peut se révéler intéressant particulièrement au niveau de nos sociétés.

    Ne regrettez-vous pas votre investissement dans Saint-Gobain ?
    Difficile de regretter d'être le premier actionnaire d'un des tout premiers groupes français et mondiaux. Nous avons conçu cet investissement dans la durée, c'est à long terme que nous le jugerons. Les fondamentaux de cette entreprise sont de très grande qualité et ses perspectives stratégiques restent fortes. De plus, les efforts opérationnels mis en œuvre par Saint-Gobain pour s'adapter à la conjoncture actuelle sont à la hauteur de l'enjeu. Le groupe préserve ses perspectives de développement à moyen terme dans le domaine des économies d'énergie et dans les pays émergents notamment, et il peut compter sur nous pour jouer notre rôle d'actionnaire de long terme.Au plan financier, nous avons eu une démarche prudente. Quand nous avons réalisé cet investissement à environ 70 euros par action, nous l'avons fait sur des bases de valorisations à l'époque raisonnables. Pour le même type d'actifs, les prix étaient 50 % plus élevés dans le non-coté ! Par ailleurs, nous avons protégé environ 40 % de notre investissement à la baisse par des options et pour les financements avec appels de marge nous donnons selon le cours de Saint-Gobain des garanties complémentaires en cash ou en titres à nos banques, ces actifs restant au bilan de Wendel.Dans des conditions de marché qui seraient encore plus extrêmes, Wendel est bien armé pour résister grâce à un niveau de liquidité de 2 milliards d'euros, que nous avons communiqué lors de nos comptes semestriels, auxquels s'ajoutent nos titres cotés.

    Le changement de la gouvernance de la famille Wendel a-t-il un impact sur la société ?
    Rien n'a changé au niveau de Wendel, que ce soit au niveau de la présidence du conseil assurée par Ernest-Antoine Seillière, du conseil ou de son directoire. La désignation de François de Wendel en tant que président de la SLPS, la société familiale qui détient le tiers du capital de Wendel, était programmée depuis le printemps ; Ernest-Antoine Seillière a été désigné président d'honneur de la SLPS. Le conseil de Wendel, réuni la semaine dernière, a réitéré au directoire sa pleine confiance pour poursuivre la stratégie engagée.

    Vous n'êtes donc pas sur le départ ?
    Exact.

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