
La qualité des eaux des nappes souterraines autour des sites nucléaires français ne soulève pas de préoccupation majeure. C'est le message rassurant délivré vendredi par le sénateur Henri Revol, président du Haut Comité pour la transparence et l'information sur la sécurité nucléaire (HCTISN). Il remettait le rapport commandé par le ministre de l'Écologie, Jean-Louis Borloo, à la suite de la fuite de 30 mètres cubes d'une solution contenant de l'uranium (75 kg).
La fuite intervenue le 8 juillet dans l'usine Socatri sur le site du Tricastin à Bollène (Vaucluse) avait suscité l'inquiétude des populations. Pourtant, l'incident avait été classé au niveau 1 de l'échelle Ines (qui en compte 7). Jean-Louis Borloo a confirmé qu'une enquête épidémiologique va bientôt être menée autour de Tricastin. «Seuls quelques sites présentent des marquages radioactifs», a résumé le sénateur Revol. «Les radioéléments y sont à l'état de trace, très en dessous des normes de l'Organisation mondiale de la santé (OMS).» Le terme marquage a été préféré à celui de pollution, compte tenu de l'extrême dilution de la radioactivité.
Le Haut Comité n'a ni un rôle d'expertise ni de contrôle. C'est une instance de débat et de concertation qui a pour mission de contribuer à l'information du public sur les activités nucléaires. Il a donc établi ce diagnostic après avoir auditionné tous les acteurs : les industriels (EDF et Areva), l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN), l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) et l'Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra).
La composition pluraliste du comité apporte évidemment beaucoup de crédit à ses avis. En effet, sur le modèle de ce qui s'est fait au cours du «Grenelle de l'environnement», il est composé d'élus, d'associatifs, d'industriels et de salariés du nucléaire ainsi que de représentants de l'administration et d'experts. Or il y a un consensus total sur l'état des eaux souterraines autour des sites nucléaires.
L'origine du marquage radioactif est en cours d'étude. Il provient le plus souvent de la mauvaise gestion des déchets nucléaires, comme l'a noté l'IRSN dans un rapport publié en septembre suite à la fuite de Tricastin. Dans les années 1950 à 1980, en effet, la réglementation était très laxiste. C'est ainsi que des déchets à faible ou moyenne activité ont été enterrés à même la terre. Ces entreposages sont connus, mais leur prise en charge est parfois problématique, explique Monique Sené, présidente du groupe de travail qui a rédigé le rapport.
On dénombre en tout sept sites, sur plusieurs dizaines, où les eaux souterraines sont marquées radioactivement : celui de la Hague, dans la Manche, avec l'usine de retraitement d'Areva et le site de stockage géré par l'Andra. Les usines et laboratoires de recherche du CEA (Commissariat à l'énergie atomique) de Marcoule (Gard), Saclay (Essonne), ainsi que ceux rattachés à la direction des applications militaires de Valduc (Côte-d'Or) et Bruyères-le-Châtel (Essonne). Et enfin les deux sites de la firme Areva à Veurey-Voroize (Isère) et Tricastin (Vaucluse).
Dans le droit fil de sa mission d'information, le comité a fait 18 recommandations. L'affaire de Tricastin a en effet révélé que beaucoup de données existaient déjà sur les eaux souterraines et la radioactivité, mais qu'elles sont dispersées et souvent incompréhensibles. «Nous suggérons la création d'un portail Internet sur le nucléaire», a relevé Henri Revol.
Le comité souhaite aussi que le rôle des commissions locales d'information (CLI) soit renforcé. «Elles doivent être des aiguillons de la connaissance des risques associés au nucléaire autour des sites. Elles ont vocation à poser des questions et à demander des réponses.» Il souhaite aussi que des laboratoires agréés indépendants (universitaires ou associatifs) soient plus souvent sollicités. C'est là un des points faibles du système français hypercentralisé comparé à ses voisins européens.
» DOCUMENT - Le rapport du HCTISN (pdf)
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