• Un médicament contre l'alcoolisme en débat

    Martine Perez
    13/10/2008 | Mise à jour : 20:00
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    Dans son ouvrage «Le Dernier Verre», le docteur Olivier Ameisen raconte comment il a utilisé le baclofène, un myorelaxant destiné à traiter les spasmes musculaires des personnes atteintes de sclérose en plaques ou de paraplégie, pour en finir avec l'alcool.
    Dans son ouvrage «Le Dernier Verre», le docteur Olivier Ameisen raconte comment il a utilisé le baclofène, un myorelaxant destiné à traiter les spasmes musculaires des personnes atteintes de sclérose en plaques ou de paraplégie, pour en finir avec l'alcool.

    Un médecin a été guéri d'une grave dépendance à l'alcool grâce à un vieux médicament, le baclofène. Des experts demandent un essai thérapeutique.

    Le docteur Olivier Ameisen, cardiologue de son métier, était un homme au bout du rouleau il y a cinq ans, lessivé par des années d'alcoolisme incoercible, qu'aucune des dizaines de cures de désintoxication auxquelles il s'était prêté n'avaient réussi à guérir. Aujourd'hui, il n'éprouve plus le besoin de boire, n'a plus le moindre effort à faire pour résister à un verre de gin. Cette indifférence, il la doit, selon lui, à un médicament depuis longtemps sur le marché et qu'il s'est autoprescrit, le baclofène, un myorelaxant destiné à traiter les spasmes musculaires. Dans un ouvrage intitulé Le Dernier Verre, publié le 9 octobre chez Denoël, il raconte non seulement sa descente aux enfers, mais aussi comment il a eu l'idée de tester ce produit sur lui-même.

    Deux millions de personnes en France ont des problèmes graves avec l'alcool. Ce médicament pourrait-il les aider ? Quelques observations isolées ne peuvent constituer une preuve en médecine. Olivier Ameisen avec d'autres réclament un essai thérapeutique, pour vérifier le bien-fondé ou non d'une telle thérapeutique.

    En novembre 2000, Olivier Ameisen, entre deux cures de désintoxication, lit dans le New York Times, l'histoire d'un malade traité pour des spasmes musculaires par le baclofène et qui, alors qu'il est cocaïnomane au dernier degré, brutalement n'éprouve plus de désir pour sa drogue. Quelques mois plus tard, tapant «baclofène» sur Google, il découvre quelques publications scientifiques sur ce produit, et notamment l'une décrivant comment des rats dépendants à la cocaïne, mais aussi à l'alcool, abandonnent leur addiction quand ils reçoivent du baclofène.

    En mars 2002, Ameisen prend le premier comprimé, qui lui procure certes, un certain bien-être, mais sans bouleverser son rapport à l'alcool. Ce n'est qu'en augmentant les doses nettement, un jour en janvier 2004 (cinq fois plus que les doses usuelles), qu'il parvient à une indifférence totale vis-à-vis de l'alcool. Le baclofène est un myorelaxant, peu coûteux, utilisé dans la sclérose en plaques ou chez les paraplégiques souffrant de spasmes musculaires.

    Faut-il mener des essais thérapeutiques pour vérifier cette expérience ? Après des articles pu­- bliés par Olivier Ameisen dans des revues scientifiques (Alcoholand Alcoholism, Jama), quelques médecins ont prescrit à des patients alcooliques ce médicament, avec des résultats plutôt probants. Mais la preuve scientifique est plus exigeante et demanderait de vrais essais thérapeutiques comparant deux groupes d'alcooliques prêts à arrêter de boire : les uns traités par le baclofène et les autres non.

    «J'ai deux patients, qui souffraient d'alcoolisme, sous baclofène, à leur demande. Ils vont bien, ils ne boivent plus. Mais ces prescriptions hors AMM sont très délicates, explique le Pr Renaud de Beaurepaire, chef du service de psychiatrie (hôpital Paul-Guiraud, Villejuif). L'alcoolisme est un gros problème en France. C'est dommage de botter en touche avec le baclofène. Il n'y a rien d'absurde à vouloir faire des essais thérapeutiques d'autant que l'on dispose d'une expérimentation animale encourageante chez le rat.»

     

    «Doses très supérieures»

     

    D'autres spécialistes sont plus réservés, sans être hostiles. « Je ne sais pas trop quoi en penser car il y a peu d'observations cliniques, nous dit le Pr Xavier Laqueille, chef de service (Sainte-Anne, Paris). Les doses proposées sont très nettement supérieures à celles utilisées en neurologie. Et l'alcoolisme est une maladie complexe, mettant en jeu à la fois des facteurs neurobiologiques et psychosociaux. Olivier Ameisen a fait preuve d'une volonté et d'une détermination hors du commun.»

    Pour Michel Reynaud, chef du service d'addictologie à Paul-Brousse (Villejuif), le produit a sans doute des possibilités, si l'on se réfère aux données chez l'animal : «Mais on n'a pas d'études sur la sécurité du produit aux doses élevées. Il est dangereux de faire croire que l'on a trouvé le médicament miracle contre l'alcoolisme. Même si l'on arrive à montrer sur des essais cliniques qu'il a une certaine efficacité chez certains types de patients.»

    Jean-Claude Ameisen, professeur d'immunologie, témoin de la métamorphose de son frère Olivier avec le baclofène, déplore la réticence qu'il y a à mener des essais : «La seule observation de quelques cas cliniques est insuffisante, estime-t-il. Mais les expérimentations animales favorables sont suffisantes pour envisager la mise en place d'essais cliniques.»

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