• Le risque de mourir d'un cancer est plus grand chez
    les hommes non diplômés 

    Jean-Michel Bader
    02/09/2008 | Mise à jour : 16:41 |
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    Les inégalités sociales de mortalité par cancer augmentent en France.

    Les ouvriers de plus de 30 ans et de moins de 64 ans ont deux fois plus de risques de mourir d'un cancer de la bouche, du larynx, du pharynx ou de l'œsophage que les cadres et les professions libérales. Par ailleurs, les inégalités sociales de mortalité sont certes moins marquées chez les femmes, mais en hausse constante. C'est une des conclusions de la plus grande étude réalisée en France dans ce domaine, par l'Institut national de santé et de recherche médicale (Inserm) et publiée aujourd'hui dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) de l'Institut national de veille sanitaire.

    Des données antérieures sur la période 1982 à 1996 avaient déjà esquissé des résultats allant dans ce sens, mais cette fois l'auteur principal, Gwenne Menvielle (Unité 687 de l'Inserm), a mené une enquête sur près de trente ans et sur un échantillon représentatif jamais atteint (1 % de la population).

    La grande leçon de l'étude Edisc (Évolution des inégalités sociales par cause médicale de décès), c'est que ces inégalités ont augmenté fortement en trente ans : ainsi le risque de mourir d'un cancer était de 1,52 fois plus élevé entre 1968-1974 pour les hommes sans diplôme que pour ceux titulaire d'un diplôme égal ou supérieur au bac. Entre 1990 à 1996, ce risque, pour les hommes sans diplôme, devient 2,29 fois plus élevé.

    Cancer par cancer, le paysage qui se dessine est le suivant : les maladies du colon, du pancréas, de la vessie, du rein, des ganglions et de la moelle osseuse touchent assez démocratiquement toutes les catégories sociales sans distinction. En revanche, les inégalités masculines sont «particulièrement marquées pour les cancers des voies aéro-digestives supérieures» que sont la cavité buccale, le pharynx, le larynx et l'œsophage, ainsi que pour le cancer du poumon.

    Selon le BEH, ces inégalités s'expliquent partiellement par les différences dans les consommations de tabac et/ou d'alcool, facteurs de risque majeurs dans les cancers concernés. Et si il y a trente ans, chez les femmes, la mortalité par cancer du sein était plus élevée chez les plus diplômées, ce n'est plus le cas aujourd'hui, le dépistage et les traitements ayant surtout bénéficié aux femmes de la catégorie sociale supérieure.

    Quatre catégories

    Cette étude de très grande envergure, baptisée Edisc, est originale. Pour la première fois, en effet, on a couplé directement les données du recensement et les causes médicales de décès.

    Pour ce qui est de l'échantillon de population, les données émanent de l'échantillon démographique permanent de l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), avec des informations sur la situation sociale de chaque personne incluses. Celle-ci est évaluée par le niveau d'études réparti en quatre catégories : sans diplôme, certificat d'études primaires, BEP ou CAP, diplôme supérieur ou égal au baccalauréat. À chaque décès, une cause médicale a été attribuée pour les Français morts entre 1968 et 1996. On a ainsi pu mesurer l'évolution dans le temps des inégalités sociales de mortalité, pour tous les cancers et pour les principales localisations de la maladie.

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