• Villepin, la chute du hussard de la chiraquie

    Bruno Jeudy
    19/11/2008 | Mise à jour : 22:27
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    Avec la décision des magistrats, Dominique de Villepin (ici en 2007) entre dans un tunnel judiciaire qui durera au minimum un an.
    Avec la décision des magistrats, Dominique de Villepin (ici en 2007) entre dans un tunnel judiciaire qui durera au minimum un an. Crédits photo : Le Figaro

    Renvoyé en correctionnelle, l'ancien premier ministre voit son avenir politique obscurci pour longtemps.

    «Personne n'arrivera à me mettre entre parenthèses !» Il faut avoir la foi du charbonnier ou s'appeler Dominique de Villepin pour répéter en boucle cette phrase. Obstiné, l'ancien premier ministre veut croire qu'il a ou fait comme s'il avait encore un avenir politique, malgré le coup de massue qu'il vient de recevoir. Quoi qu'il en dise, l'ex-chef du gouvernement entre dans un tunnel judiciaire d'au moins un ou deux ans.

    Une première pas très glorieuse pour un ancien hôte de Matignon. Qu'il le veuille ou non, Villepin ne pourra plus s'exprimer sans qu'on le renvoie sans cesse à l'affaire Clearstream, qui lui vaut d'être renvoyé en correctionnelle pour «complicité de dénonciation calomnieuse, complicité d'usage de faux, recel de vol et recel d'abus de confiance». La litanie des reproches relevés par les juges Jean-Marie d'Huy et Henri Pons est lourde. Aussi lourde que la chute du hussard de la chiraquie.

    Avant l'été, Villepin espérait encore éviter l'infamant procès. Confiant, il pensait être sorti gagnant d'une année et demie de guérilla avec les deux juges. «Il n'y a rien dans ce dossier. Aucune preuve !», clamait-il dans son bureau d'avocat près des Champs-Élysées. Fin août, il avait surpris en se montrant très aimable avec Nicolas Sarkozy, lors du «Grand Jury» RTL-Le Figaro-LCI. «Nous avons de l'estime l'un pour l'autre», confiait-il alors, comme rassuré par un récent entretien dans le bureau du président de la République. Oubliées, les attaques en rafale de Villepin contre Sarkozy depuis le début du quinquennat. Dépassés, ses commentaires acides sur son rival de toujours. «Quand je le regarde, c'est lui qui baisse les yeux», dit-il avec ce sentiment de supériorité si caractéristique chez lui, comme l'écrit Hubert Coudurier dans Amours, ruptures et trahisons.

    Son erreur fut donc de croire à un armistice dans la guerre sans merci que se sont livrée les deux frères ennemis de la droite. Ses proches ont même cru que «Dominique» allait entrer au gouvernement ou prendre la tête de liste UMP aux élections européennes en Ile-de-France ! Erreur. Double erreur. «Dominique a lâché la proie pour l'ombre», regrette son ami le député UMP de l'Essonne, Georges Tron.

    Finir sur un «croc de boucher»

    Cela n'a jamais traversé l'esprit de Nicolas Sarkozy. «Il n'a jamais été question qu'il jette la rancune à la rivière», avertit Brice Hortefeux, le plus fidèle des sarkozystes et pas forcément le plus antivillepi­niste. Ceux qui ont entendu le chef de l'État évoquer un jour devant eux l'affaire Clearstream savent ce qu'il en coûte de se faire l'avocat du diable. Sarkozy n'a pas bougé d'un iota : il avait promis que le ou les manipulateur(s) des fichiers Cleastream finirai(en)t sur un «croc de boucher». Avec le renvoi en correctionnelle de Villepin, qu'il tient pour être l'un des premiers protagonistes de cette machination, Sarkozy a gagné la première manche.

    Villepin, lui, n'est pas au bout de ses peines. Bien sûr, il est présumé innocent et il appartiendra au tribunal d'établir si les preuves sont suffisantes pour le condamner. Ce qui n'est pas gagné. On se souvient encore du précédent de Dominique Strauss-Kahn, qui sortit blanchi du procès de la Mnef. Villepin rêve sans doute d'un pareil retournement mais, pour l'instant, il broie du noir.

    En attendant, ses rares amis politiques continuent de dénoncer une «nouvelle affaire Dreyfus». «On le traite comme un dissident soviétique», tonne le député UMP Jean-Pierre Grand. Son ex-directeur de cabinet, Bruno Le Maire, veut croire que son ancien patron aura «la force de caractère pour affronter cette épreuve». Devenu député de l'Eure, Bruno Le Maire est aujourd'hui courtisé par l'Élysée. S'il décidait de nommer ministre ce proche de l'ex-premier ministre, Sarkozy ferait d'une pierre deux coups : isoler encore un peu davantage Villepin et montrer qu'il n'est pas dans une vendetta contre les villepinistes.

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