• Gainsbourg sans fard

    Olivier Nuc
    21/10/2008 | Mise à jour : 15:08
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    Détaillant ses multiples influences, la Cité de la musique consacre un parcours audiovisuel à l'artiste qui a mis sa vie en scène.
    » L'exposition en images (avec Madame Figaro)

    « Faut savoir s'étendre sans se répandre, c'est délicat », chantait Serge Gainsbourg en 1964 dans Pauvre Lola. Les concepteurs de l'exposition autour de son œuvre, qui ouvre aujourd'hui, ont-ils tenu compte de cet avertissement ? Les pièges tendus par un tel sujet ne manquaient pas. Serge Gainsbourg (1928-1991) a passé sa vie et sa carrière à se mettre en scène, se déclinant aussi bien dans la musique, la peinture, le cinéma, la littérature, la publicité… People d'avant les people, il donna plus que son dû à la presse, répandant son bonheur conjugal autant que ses déboires. Dès lors, que raconter, que montrer, que distinguer dans la pléthore de documents disponibles, parmi les images encore fraîches dans nos esprits ? C'est le pari fou mais réussi de l'installation conçue par le concepteur sonore Frédéric Sanchez.

    Articulé autour de vingt-quatre piliers - sur lesquels s'inscrivent textes et images, animées ou non -, le parcours débute avec l'autoportrait d'un artiste au regard fragile et intense à la fois. Il date de 1957, un an avant l'inaugural Poinçonneur des Lilas. Il nous rappelle qu'avant de se donner à la musique, Lucien Ginsburg caressa l'espoir de vivre de sa peinture, puis renonça, détruisant toutes ses toiles à l'exception de six. Moins exposition qu'installation dans la manière des vidéastes contemporains, le parcours témoigne de l'apport de toutes les cultures dans l'ADN Gainsbourg. Depuis le bagage classique transmis par son père - les pianistes Cortot ou Horowitz, dont les mains côtoient sur écran le visage d'Art Tatum - jusqu'à l'univers glacé de la mode des années 1980, on suit le saisissant raccourci d'une carrière hors norme.

    Outre les sculptures, L'Homme à tête de chou et l'Écorché, quelques éléments du décor de son domicile de la rue de Verneuil ont été disposés. Notamment le tableau de Paul Klee Mauvaises nouvelles des étoiles, ou des photos, dont celle de Marilyn Monroe à la morgue. Les plus singuliers sont sans doute les dizaines de décorations militaires et policières, témoignages de l'étrange fascination du bonhomme pour l'autorité. Accompagnant la visite, les voix d'une vingtaine d'interprètes (Jane Birkin, Alain Chamfort, Mireille Darc, Juliette Gréco, Isabelle Adjani…) lisent des textes de ses chansons.

    En recherche permanente

    En un savant jeu de correspondances, les marottes de l'auteur (le Swinging London, Francis Bacon, les surréalistes) sont mises en relation avec son propre travail, révélant ce qu'il porte de références. Dans son tiraillement perpétuel entre les arts majeurs (littérature, peinture) et la chanson - art mineur, selon lui - Gainsbourg s'est frayé un chemin bien à lui. Sur son piano, une image de Chopin frôlait la photo de Sid Vicious. Reconstitué à la Cité de la musique, ce grand écart donne un David Bowie voisin de Warhol, un Kubrick qui tutoie le rock alternatif des années 1990.

    Serge Gainsbourg aurait sans doute contesté certains rapprochements. Mais ce portrait éclaté d'un artiste au travail, en recherche permanente, est en tout point conforme à la vision d'un esthète capable de passer en une seconde du raffinement à la trivialité. Le procédé mis en place par Frédéric Sanchez a le mérite de faire l'impasse sur les frasques les plus indignes de Gainsbourg, ce Gainsbarre pénible, éructant sur les plateaux télé, pour se consacrer uniquement aux aspects les plus soignés d'une vie qui fut merveilleusement mise en scène et en images. Le dernier tableau, « Ecce Homo », débutant en 1979 avec La Marseillaise reggae, ne porte d'ailleurs pas de date de fin, en l'occurrence la mort de l'artiste le 2 mars 1991. Une manière de montrer que cet habile communicant avait laissé la mort le prendre par surprise.


    » VIDÉO INA - Serge Gainsbourg et Jane Birkin «Ballade de Mélody Nelson»

    » VIDÉO INA - Interview de Serge Gainsbourg chez lui (1973)

    » VIDÉO INA - Serge Gainsbourg interprète «Love on the beat»

    » Top model officiel par Bertrand de Saint Vincent


    Cité de la musique, jusqu'au 1er mars. www.cite-musique.fr. À lire : « Gainsbourg sans filtre », de Marie-Dominique Lelièvre (Flammarion).

    » Retrouvez l'exposition « Gainsbourg 2008 » à la Cité de la Musique avec le FigaroScope

    » Retrouvez tout Gainsbourg avec alapage.com

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