• G20 : comment Sarkozy a manœuvré

    Carl Meeus
    14/11/2008 | Mise à jour : 17:36
    | Ajouter à ma sélection
    .

    Zapatero, Brown, Barroso... en dix-huit mois de mandat, Nicolas Sarkozy a su cultiver des « affinités électives » avec certains grands de ce monde, qu'il met au service de son activisme diplomatique, quand d'autres relations bilatérales s'avèrent plus délicates à gérer. Tour d'horizon.

    Tu peux désormais tout me demander. » José Luis Zapatero sait ce qu'il doit à Nicolas Sarkozy, et le Premier ministre espagnol ne pouvait mieux exprimer sa reconnaissance envers le président français. Il faut dire que la diplomatie française n'a pas ménagé sa peine pour imposer la présence de l'Espagnol à Washington aujourd'hui. Il a fallu toute la force de persuasion du chef de l'Etat pour faire céder un George W. Bush très réticent au départ sur la présence de Zapatero au G20. Mais il n'y avait pas que le président américain à convaincre. Il a fallu aussi plaider la cause de la 8e puissance économique mondiale auprès des partenaires européens, peu enclins à modifier les contours de la réunion de Washington. Pour arriver à ses fins, Nicolas Sarkozy n'a pas hésité à céder l'un de ses fauteuils à José Luis Zapatero (il en avait deux au titre de la France et de la présidence de l'Union européenne).

    C'est Nicolas Sarkozy qui a choisi la date du 15 novembre

    Cette réunion de Washington, quel que soit son résultat final, est de bout en bout l'œuvre de Nicolas Sarkozy et reflète sa conception de la diplomatie. Théorisée le 23 septembre à la tribune de l'ONU, finalisée à Camp David le 18 octobre avec le président américain, elle n'a pu se concrétiser que grâce à l'opiniâtreté du président français. Il a fallu au départ convaincre des Américains sceptiques sur l'utilité d'un tel rendez-vous, puis se battre pour qu'il se tienne au lendemain de l'élection présidentielle du 4 novembre, et enfin arriver à bloquer la date du 15 quand l'Administration républicaine préférait la fin de l'année. Ce n'est qu'à Camp David que Nicolas Sarkozy - qui avait bien évidemment en tête la concomitance du congrès du PS, à Reims... - a réussi à arracher la date définitive.

    Aujourd'hui, comme le constate l'un de ses ministres, Alain Joyandet, « en un an et demi, Nicolas Sarkozy s'est hissé parmi les trois-quatre dirigeants mondiaux qui comptent ». Et de fait, l'Elysée était submergé cette semaine par les demandes de rencontres bilatérales en marge du sommet de Wa-shington. Impossible de répondre favorablement à tout le monde, même si Nicolas Sarkozy veille à entretenir des relations personnelles avec ses homologues, en plus des relations diplomatiques. Un point essentiel selon cet excellent connaisseur des arcanes européens qu'est Michel Barnier, le ministre de l'Agriculture : « Il y a deux choses vitales pour l'Europe qui ne figurent pas dans les traités : la complicité, voire l'amitié entre les chefs d'Etat et de gouvernement, et le volontarisme politique. »

    Nicolas Sarkozy semble l'avoir parfaitement compris, qui est attentif à ce qu'apprécient ses homologues. Ainsi, avec Angela Merkel, multiplie-t-il les attentions. Comme à Colombey où il fait rajouter du fromage au déjeuner quand le menu ne comportait qu'un dessert, parce qu'il sait que la chancelière allemande en est friande. Même attention lors du G4, qu'il réunit à l'Elysée au début de la crise financière, quand il lui offre des bouteilles de vin. Frau Merkel a beau être l'une des dirigeantes étrangères qu'il connaît depuis le plus longtemps (il avait été soutenir un de ses candidats en Allemagne quand il était président de l'UMP), leurs relations ne sont pas pour autant facilitées. Pour cette chrétienne-démocrate méthodique, précise, qui apprécie les choses structurées, les calendriers respectés, et doit tenir compte du contrat de gouvernement passé avec le SPD (parti social-démocrate), l'impatience, l'inventivité et le pragmatisme de Nicolas Sarkozy sont quelque peu perturbateurs.

    Angela n'est pas comme Gordon Brown, le Premier ministre travailliste britannique, avec qui Nicolas Sarkozy est sur la même longueur d'onde. Les deux hommes se connaissent depuis 2004, quand ils géraient l'économie de leurs pays. Depuis que l'Ecossais a succédé à Tony Blair au 10 Downing Street, le président français répète à ses conseillers qu'il le considère comme un « type honnête » avec lequel il veut « avoir de bonnes relations ». La réception à la Lanterne, tout comme le fait que la cellule diplomatique de l'Elysée compte plus de collaborateurs qui ont été en poste outre-Atlantique et outre-Manche qu'outre-Rhin, participent de ces bons contacts avec le monde anglo-saxon que le Président veut entretenir. Nicolas Sarkozy a compris que Barack Obama ne bousculerait pas son agenda, et le président français attendra donc la venue de son homologue américain au sommet de l'Otan, à Strasbourg le 4 avril, pour le rencontrer.

    « En ce moment, je passe tous mes week-ends avec Nicolas Sarkozy. » José Manuel Barroso est de tous les déplacements du Président en titre de l'Union européenne, qui n'a pas hésité à brusquer le président russe Dmitri Medvedev pour imposer le président de la Commission européenne lors de son voyage à Moscou. Comme l'a assuré récemment Nicolas Sarkozy, « j'ai mon Premier ministre en France, François Fillon, et mon Premier ministre en Europe, José Manuel Barroso ». Le chef de l'Etat sait qu'il peut compter sur cet homme pour faire avancer ses idées.

    Les relations sont plus difficiles avec l'Asie

    En revanche, avec Jean-Claude Juncker, le chef du gouvernement luxembourgeois, les relations sont plus compliquées. Les deux hommes se connaissent depuis le passage de Nicolas Sarkozy à Bercy, qui avait poussé à la nomination de son homologue à la présidence de l'Eurogroupe, mais le chef de l'Etat s'agace de certaines de ses déclarations qui ne facilitent pas son travail diplomatique.

    Nicolas Sarkozy attache beaucoup d'importance à maintenir ou à créer des liens avec ceux qui ne sont plus ou pas encore dans le circuit. Les liens amicaux avec Tony Blair sont de notoriété publique, mais Nicolas Sarkozy, qui le consulte régulièrement, préfère la discrétion sur leurs contacts pour ne pas froisser Gordon Brown. Même discrétion dans ses contacts avec Tzipi Livni, ministre des Affaires étrangères en campagne électorale en Israël, qu'il a vue chaque fois qu'elle est venue en France.

    En revanche, les relations sont plus difficiles avec l'Asie, longtemps chasse gardée de Jacques Chirac : Nicolas Sarkozy a le plus grand mal à nouer des liens particuliers avec le Japon ou la Chine. Ses équipes se souviennent que les collaborateurs de l'ancien Président ont tout fait pour empêcher une photo de l'ex-ministre de l'Intérieur avec le chef de l'Etat chinois. En pure perte. Mais les dirigeants asiatiques ont aussi du mal avec l'activisme de l'actuel Président qui, selon un de ses amis, « supporte de plus en plus mal les longs déplacements. Il veut que chaque minute soit utile, efficace. » Certains dirigeants européens ont aussi du mal quand il bouscule les réunions à 27. « Ecoutez, on a tous nos journaux télévisés dans deux heures, donc il faut se dépêcher », leur a expliqué Nicolas Sarkozy l'autre jour, histoire d'accélérer la réunion.

    « La France a retrouvé l'aura qu'elle avait à l'étranger », assure un conseiller du chef de l'Etat, qui ajoute que « Carla Bruni-Sarkozy y est aussi pour beaucoup ». Sa notoriété internationale couplée à l'image du Président assurent à la France une couverture médiatique inédite. Mais elles risquent aussi de vexer ceux qui l'attendent vainement. Même si l'Elysée avait assuré, un mois avant le sommet de la francophonie, que Carla Bruni-Sarkozy ne viendrait pas au Québec, son absence a failli tourner à l'incident diplomatique !

    Imprimer
    .
    Partager
    .
    Envoyer
    .
    S'abonner
    .
    Imprimer
    .
    Partager
    .
    Envoyer
    .
    S'abonner
    Mobile
    3D
    .
    .
  • Liens sponsorisés

    .
  • En savoir plus

  • À la une

  • Bien dans sa vie en 2009

    Bien dans sa vie en 2009

    Face aux turbulences du monde extérieur, les Français se recentrent sur leur univers personnel : relations familiales privilégiées, consommation raisonnée, loisirs intelligents et souci de bien-être. Des mutations profondes que la crise contribue à amplifier.

    .
  • En 2009, n'oubliez pas de fêter
    la journée du pied !

    Journée mondiale contre le cancer, mais aussi Journée internationale du tricot... Plus de 200 Journées sont décrétées grandes causes cette année. N'en fait-on pas un peu trop ?

    .
    .
  • Vendée Globe : pas de cadeaux
    pour les braves !

    Creux de 8 mètres, rafales de vent à 130 km/h, froid glacial, morceaux d'iceberg... Un début d'année éprouvant pour les skippers qui ont passé leur réveillon à la barre.

    .
    .
  • Arrêt sur image

    Arrêt sur image

    La sélection photo du Figaro Magazine. Cliquez sur l'image.

    .
  • .

    De Gaulle : les dessous d'une photo officielle

    Jean Mainbourg, l'assistant de Jean-Marie Marcel, l'auteur de la photo officielle de De Gaulle, raconte pour la première fois les coulisses d'une des plus célèbres prises de vue du XXe siècle.

    .
    .
  • Zambie : les trésors
    de la vallée de la Luangwa

    Zambie : les trésors<br>de la vallée de la Luangwa

    EN IMAGES - Encore intacte, cette incroyable oasis de vie, en Afrique australe, abrite une variété d’animaux unique en Afrique.

    .
  • .

    Les fastes
    de Byzance

    Synthèse des éléments politiques, religieux et culturels du monde antique, la brillante civilisation byzantine a produit de grands chefs-d'œuvre. A Londres, une exposition présente les plus somptueux. C'est Byzance !

    .
    .
  • Le vieux Damas reprend des couleurs

    Le vieux Damas reprend des couleurs

    EN IMAGES - Derrière les façades délabrées des palais oubliés de la capitale syrienne se cachent les vrais trésors de cette très vieille cité, jadis au carrefour des routes de la soie et des épices.

    .
  • Premiers romans étrangers :
    les révélations 2009

    Premiers romans étrangers :<br>les révélations 2009

    Ils ou elles sont russes, australiens, argentins, anglo-indiens ou américains et signent une première oeuvre époustouflante. A découvrir dès la semaine prochaine.

    .
  • Norma Huidobro : Huis clos
    sous le soleil

    Où se situe Villa del Carmen, cette ville perdue sous un soleil de plomb que décrit Norma Huidobro et qui tient lieu de décor à un fascinant huis clos à ciel ouvert ?

    .
    .
  • .
  • .
    .
    .
  • .
    Podcasts Santé

    Podcasts Santé

    Retrouvez notre Dossier spécial, avec plus de 50 sujets à consulter.

    .
    .
  •  
    Calculette devises avec le JDF.com jdf.com
    .
  • .
    .
  • .
    L'édito :<br>Le bonheur, quand même

    L'édito :
    Le bonheur, quand même

    Par Alexis Brézet, directeur de la rédaction.

    .
    .
  • .
    Le PS au pluriel, la gauche à l'imparfait

    Le PS au pluriel, la gauche à l'imparfait

    Le décryptage
    d'Éric Zemmour

    .
    .
  • .
    Patrick de Carolis,<br>le survivant

    Patrick de Carolis,
    le survivant

    Le profil d'Anne Fulda

    .
    .
  • .
    L’analyse économique<br/>

    L’analyse économique

    François d’Orcival propose chaque samedi sa vision des nouvelles économiques.

    .
    .
  • .
    Slama chronique <br/>

    Slama chronique

    Le chroniqueur Alain-Gérard Slama décortique l’actualité.

    .
    .
  • .
    Le plateau télé<br/>

    Le plateau télé

    Chaque samedi, Patrick Besson passe à la moulinette le petit écran.

    .
    .
  • .
    Le théâtre de Tesson<br/>

    Le théâtre de Tesson

    Retrouvez chaque samedi la chronique de Philippe Tesson.

    .
    .
  • .
    Les samedis <br/>de Stéphane Denis<br/>

    Les samedis
    de Stéphane Denis

    Un ouvrage à la loupe.

    .
    .
  • .
    Bloc-notes<br/>

    Bloc-notes

    Philippe Bouvard croque avec malice les paradoxes de ses contemporains.

    .
    .
  • Annonces Automobiles
    .
  • .
    .
  • Les derniers podcasts santé
    .
.
.