• Le cactus Ségolène Royal

    Carl Meeus
    14/11/2008 | Mise à jour : 17:36
    | Ajouter à ma sélection
    .
    Ségolène Royal, entourée de Vincent Peillon et de Manuel Valls, veut rajeunir et renouveler la direction du Parti socialiste.
    Ségolène Royal, entourée de Vincent Peillon et de Manuel Valls, veut rajeunir et renouveler la direction du Parti socialiste. Crédits photo : (AFP)

    Forte du score de son texte (29 %), Ségolène Royal est devenue la personne-clé de la succession de François Hollande à la tête du PS. Elle devait éviter, alors que s'ouvre le congrès de Reims, la constitution d'une coalition de ses adversaires.

    Ce sont des images que les socialistes ont voulu effacer de leur mémoire, mais qui illustrent pourtant parfaitement la détermination de Ségolène Royal. Au soir du second tour de l'élection présidentielle, la candidate, battue par Nicolas Sarkozy, est assise dans le bureau du premier secrétaire du PS, Rue de Solferino. Face à François Hollande, elle a des gestes qui démontrent une volonté sans faille. Le mouvement de ses avant-bras, qu'elle balance vers l'avant, mains tendues, parle de lui-même sans qu'il y ait besoin d'entendre le son de sa voix.

    Ce soir-là, Ségolène Royal indique clairement au premier secrétaire du PS sa volonté de tracer son chemin jusqu'au bout, de s'engager à prendre sa revanche politique et à mener le combat de 2012. Pas question de n'être qu'une parenthèse dans l'histoire du Parti socialiste. Elle veut investir les cinq années qui suivent à préparer la prochaine présidentielle. Et elle sait que cet investissement passe par la prise de contrôle du parti.

    Après tout, dans le camp d'en face, Nicolas Sarkozy n'a pas hésité quand il a fallu prendre la tête de l'UMP contre l'avis de Jacques Chirac. Pour en faire une machine de guerre à sa main, à sa mesure, à son ambition. Ségolène Royal rêve d'une construction identique, qui propose de modifier les statuts du vieux Parti socialiste - mais après tout il n'a que 37 ans ! - en créant une présidence et un secrétariat général. Une présidence qui serait dégagée de l'intendance, n'aurait pas à entrer dans le détail des bisbilles internes, mais s'occuperait essentiellement de porter le fer contre la droite et son Président.

    Très tôt, Ségolène Royal a compris qu'elle devrait mener ce combat toute seule. « Ils ne me rallieront jamais », avait-elle pronostiqué dès sa désignation à la primaire en décembre 2006. Elle savait déjà, pour avoir subi leurs sarcasmes pendant la campagne, que les dirigeants du PS ne lui pardonneraient jamais l'outrecuidance qu'elle avait eue de vouloir entrer dans leur club des présidentiables. Comment celle qui n'a jamais été que ministre de l'Environnement de 1992 à 1993, ministre délégué sous Jospin, pouvait-elle prétendre appartenir au même club qu'un Laurent Fabius, ancien Premier ministre, ancien premier secrétaire, ancien président de l'Assemblée nationale, un Lionel Jospin, ancien premier secrétaire et ancien Premier ministre, voire un Dominique Strauss-Kahn, ancien patron de Bercy, ou un François Hollande, premier secrétaire et quasiment vice-Premier ministre sous la cohabitation de 1997 à 2002 ?

    Et de fait, le combat s'est poursuivi face à d'autres adversaires, pas moins acharnés à démontrer qu'elle n'était pas à sa place parmi les leaders du PS. Bertrand Delanoë, maire de Paris depuis 2001, triomphalement réélu en 2008, et Martine Aubry, ministre de l'Emploi sous Jospin, qui a porté les réformes emblématiques de la gauche, puis maire de Lille, elle aussi triomphalement réélue en 2008, n'ont jamais admis Ségolène Royal comme l'une des leurs. Ils ne comprennent pas pourquoi les Français, les sympathisants socialistes et même les militants du PS ne la voient pas comme eux la voient, « une oie blanche » à l'instar du surnom dont l'avait affublée Martine Aubry quand elles étaient toutes les deux dans le club Témoin de Jacques Delors.

    Malgré ces nombreuses chausse-trapes, Ségolène Royal a su éviter d'être mise hors-jeu. Mieux, elle a réussi à se hisser à la première place en menant une campagne moins classique que ses adversaires. Là où Bertrand Delanoë et Martine Aubry ont misé sur les élus et les cadres intermédiaires, multipliant les déplacements en province, Ségolène Royal a laissé ses lieutenants œuvrer dans les coulisses de la campagne du congrès, se contentant de quelques déplacements et surtout d'interventions à fort retentissement médiatique.

    Pendant la campagne, Bertrand Delanoë, Martine Aubry et les autres se sont bien rendu compte de la différence qu'il y avait entre elle et eux. Les Bretons ont pu constater, comme d'autres, la différence de traitement. « Quand Delanoë est venu à Brest, il y avait 70 personnes dans la salle, uniquement des militants, raconte un élu breton. Je les connaissais tous. Quand Royal est venue, 300 personnes se bousculaient pour la prendre en photo, faire signer des autographes. Je ne connaissais pas la plupart d'entre elles ! » Comme l'a confié le maire de Paris à un de ses proches, « elle est la seule à pouvoir remplir une salle de 4 000 personnes », tandis que Delanoë et Aubry, quand ils se déplaçaient en province, rassemblaient difficilement plusieurs centaines de militants. En tout cas, ils savent qu'aucun d'entre eux n'a la capacité de remplir une salle comme le Zénith.

    Une coalition des anti-Royal peut la mettre en minorité à tout moment

    Reste que le score de Ségolène Royal ne lui permettra pas d'avoir totalement les coudées franches. Et si l'on considère que le même corps électoral lui avait accordé 60 % des suffrages en 2006, lors des primaires, force est de constater qu'elle a perdu beaucoup de ses soutiens en deux ans à l'intérieur du parti. Militants qui ne sont venus que pour la présidentielle, sympathisants perturbés par ses déclarations au lendemain de sa défaite, expliquant qu'elle n'avait jamais véritablement cru à ses promesses de campagne - sur le smic notamment -, cadres intermédiaires échaudés par sa façon de se tenir à l'écart des réunions du parti, nombreux sont ceux qui se sont éloignés.

    D'où sa volonté de se présenter directement au suffrage des militants pour le poste de premier secrétaire, afin de conquérir cette fameuse légitimité que les autres responsables du PS lui ont toujours déniée. Pour autant, si elle est élue jeudi prochain, elle risque de se retrouver avec un PS difficilement gouvernable, ses amis proches n'étant pas majoritaires dans les instances du parti, bureau national et conseil national. Une coalition de ses adversaires suffirait à la mettre en minorité. Ce qui est déjà le cas dans un certain nombre de fédérations en province avec l'alliance Delanoë-Aubry-Hamon.

    Gérer son absence de l'Assemblée nationale, face à Fabius ou Hollande

    Delanoë - sonné par son score -, Aubry - qui doit consolider son attelage hétéroclite -, et Dominique Strauss-Kahn - en attente à Washington - sont loin d'avoir renoncé à concurrencer Ségolène Royal pour la compétition présidentielle de 2012. En outre, son absence à l'Assemblée nationale peut se révéler un handicap majeur dans les trois ans à venir. De 1995 à 1997, Lionel Jospin, qui avait repris les rênes du PS, avait souffert de ne pas être au Palais-Bourbon, laissant le groupe entre les mains de Laurent Fabius.

    Comment Ségolène Royal pourra-t-elle gérer cette absence alors que ses principaux concurrents siégeront à l'Assemblée et seront les orateurs principaux lors des débats ? On voit mal Laurent Fabius ou François Hollande se priver d'une telle tribune pour contrer une Ségolène Royal enfermée Rue de Solferino. « François Mitterrand serait là, il rigolerait », assure un député, qui rappelle que l'ancien Président n'aurait jamais imaginé ne pas être au Parlement, et qui souligne l'influence d'un Laurent Fabius sur les élus. « Quand il parle, tout le monde l'écoute dans un silence de cathédrale. »

    Les premières difficultés pourraient provenir de là, d'autant qu'au début de la campagne, Arnaud Montebourg faisait valoir qu'après le congrès, la question de la présidence du groupe serait reposée. Il n'est pas sûr que la nouvelle génération fasse preuve de plus de discipline que l'ancienne. Les ego ne sont pas moins développés chez ceux qui considèrent que leur tour est venu et qui voient les autres pays confier leur destinée à des dirigeants quasiment plus jeunes qu'eux, à l'instar des Etats-Unis avec Barack Obama.

    Lors du dernier bureau national avant le vote des militants, François Hollande n'a pu s'empêcher de s'adresser à ses camarades sur le ton ironique qui est sa marque de fabrique : « Merci d'avoir été aussi sages ! », a-t-il lancé aux responsables du PS qui n'ont eu de cesse, pendant les onze années où il a dirigé le parti, de tenter d'affaiblir son autorité. Difficile d'imaginer qu'ils ne recommenceraient pas avec Ségolène Royal !

    Imprimer
    .
    Partager
    .
    Envoyer
    .
    S'abonner
    .
    Imprimer
    .
    Partager
    .
    Envoyer
    .
    S'abonner
    Mobile
    3D
    .
    .
  • Liens sponsorisés

    .
  • En savoir plus

  • À la une

  • Bien dans sa vie en 2009

    Bien dans sa vie en 2009

    Face aux turbulences du monde extérieur, les Français se recentrent sur leur univers personnel : relations familiales privilégiées, consommation raisonnée, loisirs intelligents et souci de bien-être. Des mutations profondes que la crise contribue à amplifier.

    .
  • En 2009, n'oubliez pas de fêter
    la journée du pied !

    Journée mondiale contre le cancer, mais aussi Journée internationale du tricot... Plus de 200 Journées sont décrétées grandes causes cette année. N'en fait-on pas un peu trop ?

    .
    .
  • Vendée Globe : pas de cadeaux
    pour les braves !

    Creux de 8 mètres, rafales de vent à 130 km/h, froid glacial, morceaux d'iceberg... Un début d'année éprouvant pour les skippers qui ont passé leur réveillon à la barre.

    .
    .
  • Arrêt sur image

    Arrêt sur image

    La sélection photo du Figaro Magazine. Cliquez sur l'image.

    .
  • .

    De Gaulle : les dessous d'une photo officielle

    Jean Mainbourg, l'assistant de Jean-Marie Marcel, l'auteur de la photo officielle de De Gaulle, raconte pour la première fois les coulisses d'une des plus célèbres prises de vue du XXe siècle.

    .
    .
  • Zambie : les trésors
    de la vallée de la Luangwa

    Zambie : les trésors<br>de la vallée de la Luangwa

    EN IMAGES - Encore intacte, cette incroyable oasis de vie, en Afrique australe, abrite une variété d’animaux unique en Afrique.

    .
  • .

    Les fastes
    de Byzance

    Synthèse des éléments politiques, religieux et culturels du monde antique, la brillante civilisation byzantine a produit de grands chefs-d'œuvre. A Londres, une exposition présente les plus somptueux. C'est Byzance !

    .
    .
  • Le vieux Damas reprend des couleurs

    Le vieux Damas reprend des couleurs

    EN IMAGES - Derrière les façades délabrées des palais oubliés de la capitale syrienne se cachent les vrais trésors de cette très vieille cité, jadis au carrefour des routes de la soie et des épices.

    .
  • Premiers romans étrangers :
    les révélations 2009

    Premiers romans étrangers :<br>les révélations 2009

    Ils ou elles sont russes, australiens, argentins, anglo-indiens ou américains et signent une première oeuvre époustouflante. A découvrir dès la semaine prochaine.

    .
  • Norma Huidobro : Huis clos
    sous le soleil

    Où se situe Villa del Carmen, cette ville perdue sous un soleil de plomb que décrit Norma Huidobro et qui tient lieu de décor à un fascinant huis clos à ciel ouvert ?

    .
    .
  • .
  • .
    .
    .
  • .
    Podcasts Santé

    Podcasts Santé

    Retrouvez notre Dossier spécial, avec plus de 50 sujets à consulter.

    .
    .
  •  
    Calculette devises avec le JDF.com jdf.com
    .
  • .
    .
  • .
    L'édito :<br>Le bonheur, quand même

    L'édito :
    Le bonheur, quand même

    Par Alexis Brézet, directeur de la rédaction.

    .
    .
  • .
    Le PS au pluriel, la gauche à l'imparfait

    Le PS au pluriel, la gauche à l'imparfait

    Le décryptage
    d'Éric Zemmour

    .
    .
  • .
    Patrick de Carolis,<br>le survivant

    Patrick de Carolis,
    le survivant

    Le profil d'Anne Fulda

    .
    .
  • .
    L’analyse économique<br/>

    L’analyse économique

    François d’Orcival propose chaque samedi sa vision des nouvelles économiques.

    .
    .
  • .
    Slama chronique <br/>

    Slama chronique

    Le chroniqueur Alain-Gérard Slama décortique l’actualité.

    .
    .
  • .
    Le plateau télé<br/>

    Le plateau télé

    Chaque samedi, Patrick Besson passe à la moulinette le petit écran.

    .
    .
  • .
    Le théâtre de Tesson<br/>

    Le théâtre de Tesson

    Retrouvez chaque samedi la chronique de Philippe Tesson.

    .
    .
  • .
    Les samedis <br/>de Stéphane Denis<br/>

    Les samedis
    de Stéphane Denis

    Un ouvrage à la loupe.

    .
    .
  • .
    Bloc-notes<br/>

    Bloc-notes

    Philippe Bouvard croque avec malice les paradoxes de ses contemporains.

    .
    .
  • Annonces Automobiles
    .
  • .
    .
  • Les derniers podcasts santé
    .
.
.