• Dieuleveult aurait été assassiné sur ordre

    Thierry Oberlé
    14/10/2008 | Mise à jour : 22:19 |
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    L'animateur de télévision avait officiellement disparu, le 6 août 1985, au cours d'une expédition privée sur le fleuve Zaïre. (AFP)
    L'animateur de télévision avait officiellement disparu, le 6 août 1985, au cours d'une expédition privée sur le fleuve Zaïre. (AFP)

    Selon les révélations de la revue «XXI», l'animateur de télévision Philippe de Dieuleveult aurait été tué par l'armée zaïroise qui le soupçonnait d'être un espion.

    Le doute couvait depuis plus de vingt-trois ans : l'animateur de télévision Philippe de Dieuleveult n'est pas mort noyé dans les eaux boueuses du fleuve Zaïre mais a bien été victime d'un assassinat. Telle est la conclusion d'une longue enquête de la revue de reportages XXI étayée par de multiples témoignages et des documents.

    Dans son nouveau numéro à paraître jeudi, le magazine trimestriel assure que l'aventurier de «La chasse aux trésors» a été arrêté par les services de renseignement du maréchal Mobutu et assassiné avec ses compagnons de voyage. Le présentateur vedette des années 1980 avait disparu au cours d'une expédition privée sur le fleuve Zaïre. Les autorités locales avaient affirmé qu'il s'était noyé dans les rapides d'Inga situés près de l'embouchure du fleuve. Cette thèse officielle relayée à l'époque par Paris est battue en brèche par les révélations de la journaliste Anna Miquel.

    L'enquête intitulée «Les crocodiles du Zaïre» s'appuie notamment sur un procès-verbal d'audition de Philippe de Dieuleveult à en-tête de la Division spéciale présidentielle (DSP), la garde rapprochée de l'ex-dictateur. Entièrement manuscrit le compte rendu de l'interrogatoire est daté du 8 août 1985 et paraphé par l'animateur dont les deux frères ont authentifié la signature. En voici quelques extraits :

    - «Quel est le but de votre visite au Zaïre ? 

    - Je suis venu pour une expédition.

    - Êtes-vous militaire ?

    - Après ma formation militaire en 1973, j'ai quitté l'armée pour le journalisme. (…)

    - Nous tenons des informations que vous et votre équipe, vous êtes de la DGSE.

    - Non.»

    «Agent français»

    Un deuxième document, un télex de l'AND, l'agence de renseignement militaire, confirme la piste. Il signale le renvoi «de Dieuleveult et toute sa bande de Matadi à Kinshasa», qui est accusé «par (un) service ami d'être mercenaire». Un ancien membre de la DSP raconte la suite sous couvert d'anonymat : «Ils sont arrivés en mauvais état, car ils avaient déjà été interrogés. Ils ont été emmenés derrière un petit muret et tabassés. Nous avions l'ordre de les faire parler. Le nom qui faisait peur c'était Dieuleveult, le chef de bande d'après les consignes. Il était têtu. Il voulait tout le temps que l'on soigne un de ses compagnons très blessé. À la fin, Dieuleveult ne disait plus rien. Personne n'a avoué. Ensuite, l'unité qui s'occupait des exécutions a pris le relais.»

    À l'annonce de la disparition de l'animateur, son frère aîné, Jean, s'était rendu sur place. Le vice-consul de France à Kinshasa lui avait remis un corps méconnaissable présenté comme celui de la victime. Jean de Dieuleveult l'avait fait autopsier. C'était le corps d'un Noir. En 1994, il révélait que son frère appartenait jusqu'à sa mort aux services de renseignement français.

    Interrogé par XXI sur l'affaire, Roland Dumas, ministre des Affaires étrangères au moment du drame, s'est montré laconique. «Ah oui, c'est ça…» a-t-il lâché à propos de la thèse d'un meurtre commandité par la présidence zaïroise par crainte d'une attaque de mercenaires. Paris comme Kinshasa se sont toujours montrés d'une extrême discrétion sur le mystère Dieuleveult. Une information judiciaire ouverte à la suite d'une plainte contre X n'a pas abouti. Sollicitée, la brigade criminelle de Paris ne s'est jamais rendue sur place pour conduire des investigations. Les révélations de XXI pourraient donner lieu, si les familles des victimes en font la demande, à la réouverture du dossier.

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